Critique presse ouvrage: Atlas des territoires cutanés du corps humain

Critique de Presse de l’ouvrage : Atlas des territoires cutanés du corps humain de Claude Spicher aux éditions Sauramps Médical Mai 2010.Dans la revue: Magazine Mardi du 16 Mars 2010. Le thérapeute Claude Spicher évoque son rôle d’intermédiaire entre la peau et le cerveau.

Dans la revue : Magazine Mardi du 16 Mars 2010

Quand le toucher se fait douleur
SEMAINE DU CERVEAU• Le thérapeute Claude Spicher évoque son rôle
d’intermédiaire entre la peau, «le plus grand organe du corps humain», et le cerveau.

Atlas des territoires cutanés du corps humain, Esthésiologie de 240 branches
JEAN AMMANN
Dans sa pratique, Claude Spicher voit passer des cas étranges: une patiente qui, en plein hiver, arrive les épaules
nues; un homme qui ne supporte plus le contact de sa chemise sur son dos ou bien encore, une fille qui depuis
trois ans ne pose plus le pied par terre… Et à chaque fois, il sert d’intermédiaire
entre la peau, «le plus grand organe du corps humain», et le cerveau.
Demain, dans le cadre de la Semaine internationale du cerveau 2010, Claude Spicher viendra parler
de cette liaison complexe qui relie le cerveau à la peau: «Réveillez votre peau pour endormir vos douleurs neurogènes!», tel est le titre de sa conférence.
Ergothérapeute de formation, collaborateur scientifique de l’Université de Fribourg, Claude Spicher, qui est né en 1963, a fondé en 2004 le Centre de rééducation sensitive du corps humain, à la Clinique générale Générale de Fribourg. Il est l’un des
rares spécialistes de la rééducation sensitive, ou comment endormir la méfiance du système nerveux.
Un court-circuit Il voit arriver des gens emmurés dans leur douleur: «Quand elle est très forte, la douleur cause des troubles du comportement, explique Claude Spicher. Un jour, j’ai reçu dans mon cabinet un patient qui souffrait d’un membre inférieur, il
présentait un Sudeck: un gonflement du pied, avec une sensation de cuisson.
Il se préparait à sa 27e opération. J’ai commencé à le traiter et il m’a fallu six semaines pour entendre le son
de sa voix.» Ce qu’il y a de surprenant dans ces douleurs insondables, c’est la disproportion entre la cause et la réaction
de l’organisme. Parfois, c’est un pied coincé dans une porte, parfois, c’est une banale entorse, et cet incident dégénère en maladie de Sudeck (ou algodystrophie), ou bien la personne reste des années sans poser le
pied par terre… «On peut trouver une explication purement physiologique à ces douleurs exacerbées: le nerf qui a été lésé par ce traumatisme repousse de manière anarchique. Il se ramifie et la douleur irradie. Il se peut aussi que le trajet nerveux soit comme court-circuité: le signal remonte vers la source.» Bilan des dégâts: «Le toucher est interprété comme une douleur », résume Claude Spicher.
Le cerveau confond tout Au sommet du système nerveux, il arrive aussi que le cerveau s’emballe: c’est la tempête sous un crâne. «Quand on regarde par imagerie médicale le cerveau d’une personne qui souffre, on voit très bien les aires qui sont actives. Or, certaines aires actives ne correspondent à aucune partie blessée du corps: c’est comme si le cerveau s’emballait et si les récepteurs de la douleur s’excitaient sans facteur déclenchant.»
Dans ces phénomènes d’hypersensibilité, le cerveau confond tout: il ne différencie plus l’agréable du désagréable, lebienfaisant du douloureux… «Il est en stand-by permanent », dit Claude Spicher. C’est là qu’intervient la rééducation sensitive,
la spécialité du thérapeute fribourgeois: «Nous allons réapprendre au patient ce qu’est un toucher agréable. Nous allons lui réapprendre à différencier les zones douloureuses de celles qui ne le sont pas. Nous allons lui réapprendre à interpréter à leur juste mesure les messages envoyés par la peau.» «Malgré vingt ans de lutte» Le spécialiste travaille avec des outils aussi surprenants qu’une peau de lapin. Au début du traitement, la caresse de cette fourrure passe pour une agression. Au fil des semaines, la douceur se démasque. Une patiente a raconté son expérience: «Alors que la souffrance semblait prendre définitivement ses quartiers, malgré 20 ans de lutte acharnée, ce fut la peau d’un autre qui me sauva, celle d’un lapin!» Le traitement est soutenu: de 4 à 8 séances par jour que le patient reproduit souvent à domicile. Il peut être long: «La réadaptation fut longue, raconte cette femme: plus d’un an d’exercices quotidiens et assidus.
Les douleurs ne sont actuellement pas encore entièrement éliminées (…), mais j’ai réussi à émerger de mes plus grandes souffrances.»
Une solution diplomatique La douleur régresse parce que le cerveau a appris à contourner l’obstacle: c’est un exemple de cette formidable plasticité cérébrale. «Quand on regarde le fonctionnement du cerveau par imagerie médicale, on s’aperçoit qu’il y a comme des aberrations: chez le patient, c’est la main gauche qui travaille, mais dans le cerveau, ce n’est pas la zone correspondante qui s’allume.» Claude Spicher rapproche ce phénomène de l’apprentissage du braille chez des enfants aveugles de naissance: «En 1996, un chercheur japonais, Sadato, a montré que lorsque des aveugles apprennent à lire en braille, ce sont les neurones de l’aire visuelle qui s’activent! Alors que si quelqu’un devient aveugle plus tard, quand il sait
déjà lire, ce sont les neurones du toucher qui travaillent à l’apprentissage du braille. Notre cerveau a développé
une stratégie de substitution.» «C’est l’histoire d’une cohabitation forcée, d’un rapport de force entre ma peau et moi», a écrit une patiente. Toute l’astuce des thérapeutes consiste à trouver une issue diplomatique à cette «cohabitation forcée» entre une peau et un cerveau.

Les Géographes des nerfs

Il y a encore des terres inconnues, la terra incognita dont rêvent les explorateurs: c’est le coprs humain. Avec Nadège Desfoux et Pierre Sprumont, Claude Spicher a entrepris une vaste opération topographique: la cartographie des nerfs cutanés humains. Les auteurs de cet ouvrage à paraître à la mi-mai aux éditions Sauramps Médical ont plongé dans 94 atlas d’anatomie. Et là, surprise! Le corps huamin varie selon les éditions! « Nous nous sommes rendu compte que les connaissances restaient vagues », déclare Claude spicher. En s’appuyant sur ses propres expériences cliniques et en recoupant les données des différents atlas anatomiques, l’équipe fribourgeoise a décrit les 240 branches des nerfs cutanés. Cet atlas est conçu pour faciliter la prise en charge des patients qui souffrent de troubles neurologiques. »Cet atlas nous permet de devenir les géographes de la sensibilité »dit Claude Spicher, avec un sens de la métaphore.JA

Pour plus d’articles cliquer ici